Chapitre 10
La Relève
26e jour du 3e mois de l’an 3 126
Un régiment mené par le Général du Nord Yamadachi no Hayame est en route pour prendre la relève de l’avant-poste de Sanuulga.
Cet avant-poste est d’une importance stratégique extrême. Avec les camps militaires de Selem et d’Iryoku qui l’encadrent, il forme la dernière protection du camp civil de Getelgel, qui accueille 80 000 survivants.
Bien que le danger soit imminent et évident, le camp ne peut pas encore être évacué : les routes et chemins sont rendus trop périlleux par la Brume et les yôkais.
Le régiment arrive à Sanuulga après la tombée de la nuit.
Le cœur palpitant, les soldats avancent dans la forêt noire. Ici, un craquement. Là, un bruissement… Seuls quelques rayons de lune percent les feuillages.
Vite, ils atteignent l’orée des bois. Le capitaine de l’escouade des éclaireurs ordonne de traverser la plaine pour aller au plus court.
Accroupis et complètement à découvert, ils progressent prudemment. L’Eclair blanc part devant et indique que la voie est libre. Enfin, ils aperçoivent la lumière chaleureuse de Sanuulga. Ils vont pouvoir prendre la relève de leurs camarades et trouver un semblant de sécurité, derrière les faibles défenses.
Mais tout est silencieux. Bien trop silencieux.
Quand ils entrent enfin dans l’avant-poste, ils sont accueillis par une odeur pestilentielle… et un bruit. Un bruit affreux. Des bourdonnements de mouches qui, couplés à l’odeur, sont synonymes d’une promesse terrible.
Tout le monde a été massacré.
Un affrontement terrible a dû avoir lieu, car ce sont des corps sans vie de soldats de l’Enclave et de Tanshins que la relève découvre aux portes de Sanuulga, dont certains sont plus que gravement blessés. Ceux-là ont une marque violacée, dans le creux de la nuque, qu’aucun médecin présent ne parvient à expliquer.
Un groupe de Tanshins se présente. Ils ne portent aucun des uniformes que l’on rencontre habituellement sur les champs de bataille. Leurs habits sombres ne trompent pas : c’est une troupe d’élite.
Leur commandant demande un instant de paix, le temps de récupérer les corps des leurs et leurs éventuels blessés. Le Général les y autorise, mais affirme qu’il n’y a aucun survivant. Il y en a un, en réalité, qui meurt malheureusement de ses blessures et ne peut pas être interrogé à temps.
L’inventaire est fait : il manque des provisions et, surtout, deux munitions alchimiques.
Et puis, la guerre, elle, ne s’est pas arrêtée, et il n’est pas question de ralentir ou de prendre le risque de perdre du terrain. La relève prend donc place, et la première nuit passe.
Les rapports de Selem et d’Iryoku se succèdent, quand les messagers peuvent les récupérer. Des provisions et des armes transitent par Sanuulga, permettant à l’avant-poste de tenir malgré le sabotage du circuit de distribution de l’eau potable.
Dans la matinée, les soldats parviennent à sauver de justesse une chamane köktegi qui agonisait dans les bois. Celle-ci était à la recherche d’un artefact stellaire extrêmement précieux, quand elle a été attaquée par un Akuma bleu.
Une fois ses blessures pansées, elle donne plus de renseignements sur cet artefact : il s’agit du collier de Sundaram, qui peut permettre à terme de réveiller Jaratilis. La Mère de toute chose pourra alors repousser Joyu loin, très loin, et, selon la chamane köktegi, l’ensemble de l’Existence pourrait être sauvée.
La chamane s’endort ensuite, épuisée, mais elle livrera par la suite d’autres informations sur la magie stellaire.
Les heures passent, et les escarmouches des Tanshins se succèdent, certaines avec succès.
L’ennemi parvient à saboter la pompe purificatrice alchimique qui devait assurer le ravitaillement en eau potable en attendant la réparation du circuit de distribution. Ils font exploser l’un des trois sanctuaires présents dans l’enceinte de Sanuulga, entraînant la colère du Kami vivant là… et des cantiniers-tenanciers de l’établissement qui nourrissaient l’avant-poste vaille que vaille. L’infirmerie est également attaquée. Des soldats échappent de justesse à des égorgements furtifs.
L’explosion du sanctuaire dévoile un coffre, scellé magiquement par cinq sceaux élémentaires. Un coffre que convoite Shusan, l’Akuma bleu capable d’ordonner aux yôkais et peut-être aux Tanshins également.
Le sanctuaire est reconstruit et des chamanes s’entretiennent avec le Kami. Celui-ci est ancien. Archaïque, même. Et il ne s’exprime que par des images qu’il envoie directement dans l’esprit des chamanes. Ceux-ci comprennent que le Kami leur dévoilera l’emplacement du collier de Sundaram une fois qu’ils auront définitivement tué Shusan.Â
Reste à trouver comment achever pour de bon un Akuma… Un savoir que même les Traqueurs les plus érudits ne possèdent pas, à Sanuulga, mais qu’ils finissent par plus ou moins établir, à force de recherches et d’un accord passé avec un Tengu vivant sur ce territoire.
Les heures passent encore. Les rapports de Selem et d’Iryoku ne sont correctement réceptionnés que trop rarement, mais le Général donne ses ordres et s’efforce de tenir la ligne de front et Sanuulga.
Une frappe brutale et de grande ampleur est notamment organisée pour tenter de permettre à Iryoku une percée qui, à terme, pourrait mener à rejoindre enfin la poche de résistance de Yuki, bien qu’elle soit située à plusieurs jours de marche de là.
Iyoku parvient ainsi à prendre le camp tanshin de Honmô. La puissance des Forces armées et de la bannière mori Tchakhar poussent les Tanshins à se replier dans un autre camp militaire, en arrière de la ligne de front. Malgré l’objectif du commandement d’éliminer les Mahôtsukai qui posaient tant de problèmes, la plupart réussissent à s’enfuir. Cette percée entraîne dans tous les cas une série d’événements en cascade, de petites et grandes victoires, et la ligne de front au sud se décale vers l’est, se rapprochant enfin de la poche de résistance d’Izumi.
La capitale musha, Hatsu, a pu être reprise et un espoir brûlant est de retour : la Source pourra peut-être bientôt être libérée !
Malheureusement, cette action militaire a entraîné d’autres conséquences, plus néfastes.
En choisissant de concentrer les forces autour d’Iryoku, Selem a été trop rapidement perdu, et une autre cascade d’événements plus désastreux a conduit à la perte presque totale de Yongqi.
La poche de résistance qui tenait jusque-là bon, à la frontière des territoires jiatù, khür et houzi, est désormais réduite à une seule et unique cité devenue dernier bastion, où trop peu de civils ont eu le temps ou la chance de se réfugier.
Les survivants, là-bas, sont plus isolés que jamais et la cité tombera dans les semaines à venir, à moins d’un coup heureux du sort.
Un autre événement funeste s’est produit, car certaines missives décisives n’ont jamais été récupérées par Sanuulga.
Un important régiment tanshin s’est enfoncé sans rencontrer d’obstacle majeur dans les collines du territoire yamaany, jusque Getelgel et Unakh.
Selon les ordres du Général, deux cents soldats des Forces armées étaient en route pour Selem. Grâce à eux, l’alerte a pu être donnée, mais elle est arrivée bien trop tard. Le camp militaire d’Unakh a été rasé et ses forces ont toutes été massacrées, hormis les quelques gradés qui ont été faits prisonniers.
Quant à Getelgel… Seuls 15 000 civils environ ont pu survivre à l’attaque et sont actuellement à nouveau à l’abri dans d’autres camps. Les 65 000 restants seront considérés comme portés disparus tant que la preuve de leur mort n’aura pas été fermement établie, mais… là encore, l’espoir n’est pas permis.
Le monastère de Kôgyô se trouve désormais dans la zone occupée, ainsi qu’une partie des monastères de ses filles. Aucune nouvelle n’en est parvenue depuis, si ce n’est que les armées tanshins les ont mis à sac avec une brutalité rarement vue chez eux, malgré les longs mois de guerre passés.
Kôgyô est l’un des Kamis majeurs qui maintiennent encore la Barrière magique relativement en place. Il agissait depuis son monastère, soutenu par la force des pèlerins et des moines. Nul ne peut prédire ce qu’il adviendra désormais…
Avec la perte de Selem, de Yonqgi et d’Unakh, la ligne de front s’est également décalée sur toute la partie nord. Sanuulga a été évacué : le régiment a d’abord rejoint Iryoku, puis s’est dispersé çà et là, au gré des ordres et des besoins.
Les capitales khür, bàihuài long et yamaany se trouvent désormais prises dans la ligne de front. Les pertes sont extrêmement lourdes, mais elles tiennent bon.

Avant

Après
Le Conseil de Guerre a failli réussir à fournir à l’Enclave un nouvel avantage militaire, avec la mise en place de l’Invocation. Des bataillons de yôkais auraient ainsi pu être envoyés au combat… Mais l’accueil réservé aux Kômatsukai a été violent et sans appel : personne ne veut de yôkais dans ses rangs.
… et, pourtant, parallèlement à cela, un régiment de Hebi, des yôkais Henge (change-forme) et mangeurs de chair humaine, a bien été officiellement intégré aux Forces armées, après avoir recueilli l’accord des différents Généraux. Celui-ci a d’abord été créé par le Shogun musha, peu de temps après les événements de Tha Skar, au début de l’été de l’an 3 125.
Cette intégration n’est pas du goût de tout le monde et les incidents avec les Protecteurs se multiplient déjà. Il a également été exigé que les Hebi portent un signe distinctif, mesure actuellement débattue au Conseil de Guerre, où le Shogun s’y oppose fermement alors que Yamadachi no Higuma, le représentant du Yûshô, se bat pour qu’elle soit mise en place, à défaut de pouvoir exterminer lui-même tous les Hebi.
« Tomber sept fois, se relever huit » est un proverbe musha qui passe régulièrement sur toutes les lèvres de l’Enclave depuis le début de la guerre. Jusque-là, il se vérifie. L’Enclave se relève de tous les coups durs, mais…
Se relèvera-t-elle de ceux-là ?
(NB : merci à Mélanie pour son souvenir de la découverte de l’avant-poste
à l’arrivée, qui a été intégré tel quel au résumé.)
Points clés
- Getelgel est tombé : il s’agissait de l’un des plus importants camps civils de l’Enclave
- Kôgyô, l’un des Kamis qui participe le plus activement au maintien de la Barrière magique, n’a plus de monastère et il n’est plus possible de le soutenir dans sa tâche
- la ligne de front s’est déplacée : l’Enclave a gagné du terrain au sud et en a perdu au nord
- la poche de résistance de Yonqgi a été envahie et la cité qui résiste encore ne tardera pas à tomber
- l’avant-poste de Sanuulga a été évacué, les membres de la relève ont été dispersés depuis Iryoku selon les ordres, les besoins et les impératifs


































